Pont-sur-Sambre est la ville natale du peintre Félix Del Marle (1889-1952). Le salon décoré  dans sa maison natale est le seul exemple connu en France d'un décor relevant de l'esthétique néo-plasticienne.


Felix_Del_Marle-Interrieur03

PORTR1

Félix Del Marle (1889-1952)

Félix Del Marle est assurément le plus illustre des pontois. Son nom reste associé à l’avant-gardisme pictural et ses œuvres sont exposées dans le monde entier. La vie du peintre est à l’image de son œuvre, d’une richesse exceptionnelle. En cela, l’exercice de présentation succincte de sa vie relève de la gageure. Toutefois, une courte biographie peut s’appuyer sur les éléments qui ont déterminé le parcours intellectuel d’un homme qui a connu les périodes les plus sombres de notre histoire contemporaine et les changements sociaux et sociétaux les plus radicaux : du développement exponentiel de l’industrie à la fin du 19ème siècle au modernisme des années 50, en passant par 2 guerres mondiales et le développement des idéologies fasciste et staliniste.

Félix Del Marle est né le 21 octobre 1889 à Pont-sur-Sambre. Dès sa naissance, son avenir semble tracé : il reprendra la brasserie familiale. C’est, du moins, ce qu’ont décidé ses parents. Mais c’est sans compter sur la détermination d’un fils qui, dès l’adolescence, décide qu’il sera…artiste peintre.

Ainsi, il entre aux beaux-arts de Valenciennes à l’âge de 16 ans. Ses professeurs remarquent un élève très doué et il obtient de nombreux prix pour ses peintures et croquis.

Malgré les facilités dont dispose l’adolescent, ses parents ne se résignent pas à le voir exercer une activité aussi peu « sérieuse ». Il menacent de lui couper les vivres s’il ne se décide pas à reprendre la brasserie. Face à son obstination…ils mettent leurs menaces à exécution.

Déterminé à choisir sa vie, il prend son indépendance. A 18 ans, il embarque dans les soutes d’un paquebot assurant une liaison commerciale avec l’Extrême-Orient. Il y restera 2 ans, jusqu’en 1909.

De retour sur la terre ferme, il s’installe à Bruxelles où, pour subsister, il exerce le métier de peintre en bâtiment. Parallèlement à cette activité professionnelle, il « papillonne » entre différentes écoles des beaux-arts, cours de peinture et ateliers d’artistes.

Il revient assez vite à Lille, où il suit également des cours à l’école des beaux-arts.

En 1910, ses parents arrangent un mariage avec une certaine AdoniaMacq. En cela, il espèrent calmer ses ardeurs d’aventurier. Il peint le portrait de sa femme (Portrait d’Adonia Macq). Ce mariage, et son cortège d’obligations familiales, tourne court puisque Del Marle part seul à Paris dès 1911. La vitalité artistique y est très importante. Il y réalise des dessins caustiques pour des journaux satiriques nés de la mouvance anarchiste et antimilitariste. En effet, en ce début de 20ème siècle, ces idées ont le vent en poupe. Del Marle en est fortement imprégné et s’oriente vers le courant futuriste.

Cette découverte du futurisme en 1913, grâce à des peintres comme Marinetti ou Severini, est pour lui une révélation. Ce courant est censé représenter le modernisme, la vitesse et la violence du monde de l’époque (un monde fortement marqué par l’essor du progrès technique et le développement industriel qui s’ensuit). Il peint des toiles aux noms évocateurs : Le métro, Le boulevard, Cahots de l’automobile et surtout, Le port (transposition futuriste de ses pérégrinations maritimes en Extrême-Orient). Il réalise également beaucoup de portraits (dont son autoportrait).

Entre temps (en 1912), il a rencontré Marthe Leroy. Elle devient sa compagne. Ils auront 3 enfants en 1916, 1920 et 1923. .

En 1914, la guerre éclate. Il part au front et en profite pour réaliser des croquis de villes en ruines et des portraits de ses compagnons de guerre. C’est en 1916, en pleine « boucherie » qu’il se rend compte de l’absurdité du futurisme. Exalter la violence du monde contemporain ne mène qu’à la naissance de comportements guerriers, jusqu’à l’horreur absolue. Il s’insurge également contre le désintérêt que marque, selon lui, le gouvernement au sort des soldats partis au front. Il passe alors directement du futurisme à la caricature politique où il exprimera, jusqu’en 1923, ses convictions socialistes dans des revues satiriques.

A partir de 1924, la situation économique et sociale du pays s’améliore. Il se replonge alors dans ses recherches picturales. Il passe sa vie entre Paris et Lille. Ses recherches l’amènent à évoluer progressivement vers l’abstraction. Il travaille avec différents matériaux sur différents supports : huile sur toile, encre de chine, pastel sur papier, mine de plomb sur calque. Parmi ses plus célèbres de ses réalisations de l’époque, on trouve la série des Rythmes marins, des Bleus mouvants (4 toiles peintes entre 1923 et 1927) ou des Contrastes gothiques (1925).

Entre 1926 et 1928, il fait ses premières armes dans le néo-plastique. Il cherche surtout à promouvoir la polychromie architecturale. Il peint des toiles et conçoit beaucoup de mobilier d’intérieur, des salons en particulier. Tous les meubles conçus par Del Marle sont fabriqués par Camille Delhaye, menuisier-ébéniste à Pont-sur-Sambre.

En 1928, le peintre, qui est également passionné d’aéronautique, devient secrétaire de l’amicale des aviateurs et des aéronautes de l’arrondissement d’Avesnes. Il peint un autoportrait, L’aviateur. C’est aussi en cette année qu’il devient président de la section d’Aulnoye de la ligue des droits de l’Homme et qu’il entre dans la franc-maçonnerie.

Finalement lassé de cette vie pleine et trépidante, il décide de s’installer définitivement avec sa famille dans sa villa de Wimereux. Fortuitement, il y entre en contact avec des moines bénédictins d’une abbaye toute proche. L’austérité, la ferveur et l’érudition de ces derniers l’impressionne fortement. Il effectue plusieurs séjours à l’abbaye et finit par se convertir. Ces nombreuses retraites feront l’objet de croquis représentant la vie monacale.

Cette conversion tardive au catholicisme (il a plus de 40 ans) fait évoluer son travail vers des représentations plus réalistes. Il dessine ou peint des fêtes foraines et des portraits, sans pour autant perdre de vue son travail d’inspiration religieuse. Cette période va durer jusqu’en 1940, où Del Marle redécouvre le surréalisme.

En cette année 1940, après un bref passage en Mayenne, suite à l’évacuation, Del Marle revient s’installer à Pont-sur-Sambre, en pleine zone occupée. Il goûte alors au surréalisme qui exprime un idéal de liberté face au fascisme et au stalinisme. Il peint entre autres La femme arbre et L’homme arbre dont il est difficile de ne pas penser qu’elles n’aient été inspirées par la forêt de Mormal toute proche.

En 1945, au terme de la guerre, il renoue avec l’abstraction et la polychromie. A partir de 1949, au sein du groupe Espace, Del Marle tente d’appliquer ses recherches picturales polychromiques à l’architecture. Il est vrai que la période y est favorable : la croissance des villes est quasi exponentielle, les constructions nouvelles sont nombreuses et la période est submergée par une vague de modernisme effrénée. Félix Del Marle est convaincu que l’artiste a un rôle considérable dans cette nouvelle société. Il réalise la mise en couleur de la foire de Lille, ou encore, des polychromies pour des logements ouvriers.

Alors qu’il semble atteindre l’apogée de sa carrière, il meurt, atteint d’un cancer du poumon, en 1952.

N.B : L’ouvrage de référenceayant servi à établir ce résumé de la vie de Félix Del Marle est :
Belbachir-Delmotte (P). Félix Del Marle, Itinéraire d’une liberté -Association connaissance locale, Pont-sur-Sambre – 1996.

Felix_Del_Marle-Interrieur03

Salon décoré  par le peintre - Maison natale des "Berges de Sambre"